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Esprit Ouvert - ORDET, La parole
Esprit Ouvert

ORDET, La parole

Auteur : Kaj Munk
Traduction : Traduit du danois par Vincent Dulac.
Titre original : Ordet, 1925. Pièce de théâtre.
Préface de Maurice Drouzy.
1ère édition : avril 1996
ISBN : 978-2-88329-032-6
Format : 13,5 x 21
Pages : 147
Prix : 15.00 €

Film Carl Th. Dreyer, Grand Prix de Venise, 1954

Résumé du livre : Dans un village de Jutland, le vieux fermier Mikkel Borgen vit avec ses trois fils : l’aîné Mikkel et sa femme Inger qui attend un troisième enfant, Johannes, un illuminé qui se prend pour le Christ et Anders, amoureux de Anne, la fille du tailleur Peter. Les deux pères refusent de consentir à l’union puisqu’ils sont membres de deux sectes luthériennes rivales. Inger meut en couches et les deux hommes se réconcilient tandis que Johannes, ayant prophétisé ce malheur, s’enfuit dans la nuit. Au moment de refermer le cercueil, celui-ci réapparaît guéri, reproche à sa famille d’avoir manqué de foi, et incité par sa petite nièce qui témoigne d’une foi inébranlable, Johannes prononce Ordet (La parole) et le miracle s’accomplit : Inger est ressuscitée.

Extrait : « Johannes. – Et c’est ainsi que parle mon Eglise sur la terre ! – Quand j’ai visité ce monde pour la première fois, j’ai accompli miracle sur miracle pour amener les hommes à voir la toute-puissance de l’amour qu’ils recevaient. J’ai suivi cette route ponctuée de signes pour vous apprendre à prier sans entrave, à croire avec audace, et à accéder à une vie retentissante de chants à la louange du Seigneur. Malheur à toi, mon Eglise ! toi qui m’as trompé, toi qui m’as assassiné à cause de mon nom. Je suis las du culte que tu me rends, las de tes baisers à trente deniers. Je vois bien – pauvres mortels – le sort désespérant que vous offrez à l’Esprit. – Ah ! traitez-moi donc de fou ; car mon amour est plus grand que ma lassitude, ma foi plus forte que ma science. C’est pourquoi j’ai supplié mon Père et obtenu d’aller une nouvelle fois sur cette terre en déchéance. Regardez, me voici, et de nouveau vous me reniez, petits enfants. Vous voulez vivre en paroles et non en actes, vivre dans la foi stérile et non dans la plénitude de la vie. Si vous ne crucifiez encore pour effacer la trace de mon dernier passage, alors malheur à vous ! »

Sur la pièce : Ecrit au cours de l’été 1925, voici le récit que fait l’auteur de la genèse d’Ordet dans son autobiographie Foråret så sagte kommer (Le printemps viendra doucement) :
[…] Ces nouveaux horizons qui s’ouvraient à moi comme pasteur, me prenaient tellement de temps que je n’arrivais pas pour le moment à m’occuper de la pièce inachevée. Chaque fois que j’ouvrais un certain tiroir de mon bureau, j’entendais des voix qui grondaient s’en échapper : « Alors, poète, qu’allons-nous devenir ? » A l’automne seulement, je pus me concentrer suffisamment pour pouvoir me mettre à l’ouvrage. Un jour enfin, elle était terminée, telle que je l’avais souhaitée. Et sous un nom d’emprunt, je l’adressai aussitôt au Théâtre Royal. […] Les mois passèrent, sans aucune réponse. […] Puis, finalement, une grosse lettre arriva. Je me doutais bien de ce qu’une lettre de ce genre pouvait contenir. Un manuscrit rejeté. Je fus brisé par le chagrin. […] J’allumais le poêle et me mis à l’alimenter. […] Je pris ensuite l’enveloppe contenant Un Idéaliste. Mais je ne pus m’y résoudre. A la place je l’ai envoyé le lendemain par courrier. Puis, j’ai commencé, désemparé, une longue période d’attente. Semaine après semaine, mois après mois. Quand la tension devint intenable, je me rendis à Copenhague pour rencontrer le censeur du théâtre. On me fit entrer dans une villa. Gauchement, j’ai commencé à m’expliquer : « Oui, il s’agissait d’une pièce de théâtre, un drame – elle a été remise à la bonne adresse – oui, à la direction du théâtre – le Théâtre Royal ».
« Voyez-vous, cher Maître, c’est moi – qui suis, euh, le père de … »
C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés, Hans Brix et moi. […] Mais le professeur m’expliqua qu’il n’y avait provisoirement rien d’autre à faire que d’attendre.
« Mais je ne peux pas attendre indéfiniment », dis-je en protestant.
« Soyez actif en attendant », proposa-t-il. « Nous n’avons pas d’œuvre qui prenne la condition paysanne au sérieux. Pouvez-vous écrire une pièce en ce sens ? »
Je réfléchis un instant, puis acquiesçai :
« Je pense que oui. »
[…] Je suis rentré à la maison et j’ai écrit Ordet en six jours, puis je le lui ai envoyé. Je ne pensais pas que cette pièce soit d’une grande valeur et je me mis de nouveau à attendre la réponse pour ce que je considérais comme mon chef-d’œuvre. Mais rien ne vint.
Finalement, je me ressaisis et cessai de m’intéresser à cette affaire. Je me forçai à être indifférent et ne guettai plus le passage du facteur.[…]
Un matin, tandis que je prenais mon petit-déjeuner, la gouvernante entra avec le journal et trois lettres. L’une d’elles venait du Théâtre Royal. Je me levai calmement, la prenant avec moi et allai au salon contigu à ma chambre.[…] Là, je l’ouvris, la lus, la remis dans son enveloppe pour l’enfouir ensuite au plus profond de ma poche intérieure, celle tout près de mon cœur. « Père est mort d’un arrêt cardiaque » me suis-je dit. Je pressai ma main sur mon cœur. Il manifestait plus fort son allégresse que le chant des oiseaux au dehors. Mon visage était en feu et mes joues mouillées. Et je ne cessai de murmurer : « O Dieu, merci, O Dieu merci, merci. »
Montée à Copenhague en 1932, la pièce reçoit un accueil très favorable. Carl Th. Dreyer y trouve un motif d’inspiration et mûrit un scénario pendant près de vingt ans. En 1954, il tourne enfin le film qui obtient le Lion d’Or a Venise l’année suivante.

La Presse : L’histoire. Nuit blanche à Vedersø : avec ses escapades incantatoires, Johannes a encore réveillé toute la famille Borgen. Depuis ses études de théologie, il se prend pour le Christ, et bat la campagne en psalmodiant des versets bibliques. Son père, Morten, regrette d’avoir tant prié pour qu’il répande la bonne nouvelle. Le patriarche a du souci avec ses deux autres fils : l’aîné, Mikkel, peste contre toute bondieuserie, tandis que le petit dernier, Anders, brûle pour Anne, la fille d’un tailleur d’une autre confession… dans ce monde d’hommes, une femme veille : Inger, l’épouse de Mikkel, sur le point de mettre un bébé au monde…
Ce que j’en pense. Au commencement était La Parole, une pièce de Kaj Munk, pasteur danois fusillé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce texte essentiel, à la fois sec et sanguin, a servi d’acide nitrique à Carl Theodor Dreyer, pour réaliser une eau-forte d’une beauté implacable. Toujours fixé à égale distance, au seuil de l’espace vital, chaque personnage affiche un visage immobile, obstiné plus que figé, et joue à cache-cache dans le clair-obscur, pour parvenir à faire la lumière sur le mystère de la vie. Par la sensualité de ses images, dépouillées d’accessoires pour mieux laisser respirer la chair, Dreyer résout les querelles religieuses qui déchirèrent son pays, partagé entre la rigueur répressive selon Kierkegaard (incarné dans le film par le tailleur), et le libéralisme populaire selon Grundtvig (auquel adhère le vieux Morten). Le cinéaste, lui, croit en l’être humain, capable d’insoupçonnables miracles, et surtout en la Femme, sainte égérie qui se démène jusqu’au sacrifice, pour exaucer les vœux des hommes. Il rachète ici sa propre génitrice, fée perdue à jamais, qui confia le petit Carl indésiré à une famille adoptive, avant de mourir dans une fatidique tentative d’avortement.
Ce film majeur a influencé les plus grands cinéastes. Robert Bresson et Ingmar Bergman y apprirent la force du vide. François Truffaut y sentit une profonde révolte devant la mort, allant jusqu’à reproduire, dans La Chambre Verte, la scène de la fermeture du cercueil. Enfin, Lars von Trier y comprit l’importance de la « bonté », et fit de l’héroïne exaltée de Braking the waves la sœur spirituelle de celle d’Ordet. Ne manquez pas ce chef-d’œuvre, dont la dernière diffusion télévisée remonte à vingt ans…

Marine Landrot
Télérama, 19 mars 1997

Ordet vu par André Téchiné

Ordet est le seul film que je peux voir et revoir et qui, chaque fois, me transforme en serpillière. Je le connais pourtant par cœur. Mais il y a en lui une profondeur et un mystère qui me fascinent. J’y vois, mais sublimé, ce que l’on trouve dans toute l’œuvre de Dreyer : une tentative de rendre visible l’invisible. Une sorte de fil tendu, imperceptible, entre la vie et la mort. Je suis toujours aussi bouleversé par cette histoire, celle d’une réconciliation des hommes avec le monde. Une réconciliation qui passe par le corps et par les mots. A la fin du film, un miracle se produit parce que quelqu’un a prononcé une parole, et cette parole, par sa ferveur, fait revivre la chair morte d’une femme bien-aimée.
Les personnages avaient rompu peu à peu tout lien avec ce qui les entoure et les voilà forcés de croire à nouveau en la vie. Et même de « croire » tout court. Les désespérés retrouvent leur foi perdue.
Quand j’étais enfant, le cinéma m’apprenait à croire au monde. Aujourd’hui, il nous en éloigne à force de trucages. Dans Ordet, la scène finale de la résurrection n’est pas un truc mais un aboutissement spirituel qui ne joue pas sur le spectaculaire. C’est sur le visage d’une enfant qu’on la vit. Et ce qui est audacieux et troublant, c’est que cet événement extraordinaire devient possible grâce à un illuminé, Johannes. Autour de lui, il y a des hommes d’Eglise, mais c’est lui qui prononce la parole, le verbe (tel est le sens du mot ordet). Peut-être faut-il être encore un enfant ou un « fou » pour avoir la force de croire. Je ne sais toujours pas si la fin s’ouvre sur l’espoir ou le désespoir. C’est le secret du film. Il navigue de scènes très physiques (l’accouchement) en scènes métaphysiques (la résurrection). Mais les unes comme les autres n’ont qu’un seul but : nous redonner foi en la vie.

Propos recueillis par Philippe Piazzo
Télérama, 19 mars 1997

Portrait

Carl Th. Dreyer, le fils

Ce secret qui le brûlait. Carl Theodor Dreyer n’en parla jamais. Ni à sa femme ni à sa fille, encore moins aux journalistes. Ce nom n’était pas le sien mais celui de son père adoptif, un typographe qui éleva l’enfant sans tendresse et qui l’obligeait à remercier sa famille d’accueil à chaque repas. Carl Theodor Dreyer fut d’abord ce faux père tyrannique. L’autre, qui allait devenir le plus célèbre des cinéastes danois, porta son nom comme une blessure à jamais ouverte.
Il était né Nilsson, en 1889, abandonné par une mère célibataire suédoise venue accoucher dans l’anonymat au Danemark. Ce rejet originel, qui se répéta ensuite avec ses parents adoptifs, devint pour Dreyer une obsession. Alors, à 19 ans, il quitta pour toujours sa famille et mena l’enquête, tel un détective déboussolé cherchant des indices sur sa propre vie.
Ce que découvrit le jeune homme fut pire que tout ce qu’il avait imaginé. En retrouvant la trace de sa vraie mère, il apprit que celle-ci, enceinte et abandonnée une seconde fois, avait voulu avorter. Pendant plusieurs jours elle avala des pointes d’allumettes au phosphore. Et en mourut. Puis son corps fut livré à une autopsie. Dreyer lut avec horreur les treize pages du rapport où l’on détaillait avec précision comment le cadavre avait été mutilé et chaque organe prélevé.
Professeur d’histoire et d’esthétique du cinéma à Copenhague, Maurice Drouzy révèle, en 1982, cet épisode traumatisant. Fort de ses découvertes, l’historien ose certains parallèles convaincants. A propos de La Passion de Jeanne d’Arc (1928), le film qui rendit Dreyer célèbre, il écrit : « Le souvenir du corps de sa mère, déchiqueté par les hommes de science, correspond à Jeanne d’Arc, véritable suppliciée par les cadrages. La fascination de la découpe, du fragment, du corps morcelé, c’est jusque dans les plans qu’on la retrouve. »
Cette image maternelle poursuit Dreyer. Dans presque tous ses films, l’héroïne est une victime. Bafouée et humiliée dans l’intimité par un mari tyrannique (Le Maître du logis, 1925) ou par des amants égoïstes (Gertrud, 1964). Marginalisée et réprimée – jusqu’à la torture – comme Jeanne d’Arc, mais aussi comme la jeune femme de Jour de colère (1943), accusée au XVIème siècle de sorcellerie par sa belle-mère. Dreyer met au jour ses angoisses secrètes, y compris dans ses documentaires […]
Télérama, 19 mars, 1997

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